Questions d’éthique et de déontologie

Pour commencer cette analyse réflexive je voudrais reprendre un extrait tiré du livre d’Alexandre Jollien « Le métier d’homme » (Paris, Seuil, 2002, pp. 33-34). Alexandre Jollien est un écrivain, un orateur et un philosophe que j’apprécie tout particulièrement. Etant lui-même en situation de handicap et ayant des difficultés à s’exprimer, il brise toute une série de préjugés sur le handicap .

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« (…) derrière les mots se cache un être, une personnalité riche, unique, irréductible que le poids des préjugés finit par recouvrir d’une couche fièrement catégorique. Ce vernis exclut une approche simple et innocente. La chaise roulante, la canne blanche, voilà ce qui saute aux yeux. Mais qui, avec virtuosité, utilise le fauteuil roulant, qui manipule la canne ? Le voit-on, veut-on le voir ? Et pourquoi de tels accessoires seraient-ils nécessairement les signes du malheur ? C’est aussi la raison pour laquelle, puisqu’il faut se méfier des généralités et considérer l’individu dans sa vérité (toujours plus dense que ce qui est visible), ces signes extérieurs interdisent d’imaginer l’aveugle…heureux »

Cette citation a fait résonner en moi une réflexion qui a pris naissance lorsque j’étais directrice d’une école spécialisée de type 4. Je me suis interrogée sur le sens de l’ « altérité » ou « la condition de l’autre au regard de soi » et de son antonyme l’ « identité »  ou « la reconnaissance de l’autre dans sa différence ».

Ces questions-là se posent tous les jours aux professionnels (parfois inconsciemment) au sein des institutions et des écoles qui accompagnent les personnes en situation de handicap. En tant que professionnels nous ne pouvons oublier de considérer la personne en situation de handicap comme une personne et sujet de sa propre vie, comme malheureusement cela arrive.

La prise en charge des personnes en situation de handicap a été récemment institutionnalisée tant au niveau de son organisation, que de son rôle social, ainsi que de ses valeurs et des normes. Cela a créé des liens ou des relations qui n’existaient pas avant entre les professionnels et les bénéficiaires.

De ce constat, toute une série de question me viennent en tête. Comment faire la part des choses ? Comment réfléchir à l’action menée par les professionnels ? Comment penser une éthique de l’accompagnement ? Comment considérer les bénéficiaires comme personnes à part entière ? … Tant de questions dont on ne peut faire fi, lorsqu’on travaille avec des personnes en situation de handicap.

Il me reste encore une question qui me semble primordiale : Comment éviter que la relation de soins ne devienne paternaliste et n’engendre une forme de prise de pouvoir sur la personne en situation de handicap ?  Il y a en effet, dans l’interaction aidant-dépendant une relation d’emprise, une relation de « pouvoir » qui engage la responsabilité individuelle de chaque intervenant.

C’est à ce niveau, qu’ « il est essentiel de parler d’éthique, parce que toute action à l’égard d’une autre personne, ne peut faire l’économie d’une attitude critique quant à nos comportements. » (DUCHÊNE, J. & MERCIER, M. « Introduction » in DUCHÊNE, J. & al. Ibid. p.9)

En analysant cette citation de Duchêne et Mercier et en y ajoutant l’apport théorique des cours de spécialisation en orthopédagogie, je peux dire qu’il est donc essentiel que tout intervenant soit conscient de son action et prenne le temps d’y réfléchir. Ce temps de réflexion ne peut être considéré comme du temps perdu et n’implique pas d’inaction. Au contraire, les questionnements éthiques ne sont pas là pour arrêter l’action, mais plutôt pour la légitimer.

En effet, il serait naïf voir illusoire de penser que parce qu’on a choisi de travailler dans le milieu du handicap, on arrive à gérer toutes les pensées, tous les affects, à considérer d’emblée la personne en situation de handicap comme un être à part entière et tout ce que cela éveille en nous. Le handicap nous questionne, son étrangeté nous interpelle… Il peut aussi nous intriguer, nous dégoûter, nous choquer mais aussi nous blesser, nous attrister ou nous faire fuir. Il nous touche, nous marque et parfois nous écœure, nous heurte, nous mobilise même s’il nous passionne … Il faut prendre le temps d’y réfléchir pour pouvoir avancer quotidiennement avec ce public. Et c’est là que toutes les questions éthiques se posent.

Dans ma carrière, je serai donc attentive et me permettrai de m’arrêter pour réfléchir sur mes actions et leurs implications. Il me faudra toujours porter attention au bien-être de la personne en situation de handicap pour ne pas nier son existence et la reconnaître comme autre.

En termes de conclusion, je citerai un proverbe marocain (G. Magerotte, M. Deprez, N. Montreuil « Pratique de l’intervention individualisée » De Boeck, Louvain-La-Neuve, 2014. p.15) :

« Ce que tu fais pour moi, si tu le fais sans moi, tu le fais contre moi »

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