L’autisme et l’empathie

Qu’est-ce que l’empathie ? Il s’agit de la capacité à comprendre les sentiments des autres sans les vivre soi-même. Pour cela, il faut :

  • pouvoir adopter la perspective et le point de vue des autres ;
  • prendre part et comprendre leurs états d’âme ;
  • pouvoir réagir de manière émotionnellement adaptée.

Ces trois exigences sont plus difficiles pour les personnes avec autisme que pour les autres.

Tout d’abord, les personnes avec autisme ne reconnaissent pas suffisamment les expressions émotionnelles des autres. Elles perçoivent moins le visage comme un ensemble et associent souvent les émotions aux détails de l’expression émotionnelle. Si vous reconnaissez la colère seulement quand le détail ‘moustache’ est présent, vous ne voyez pas que votre maman est fâchée car elle n’a évidemment pas de moustache. Si vous ne voyez pas cela, alors, vous ne pouvez pas vous mettre dans la peau de votre maman et il vous est donc impossible de faire preuve d’empathie envers elle lorsqu’elle est en colère. De même, vous pouvez difficilement consoler quelqu’un si vous ne reconnaissez pas sa tristesse.

Il arrive parfois qu’une personne avec autisme manifeste bel et bien de la compassion (elle reconnaît un sentiment chez une autre personne), mais elle ne comprend pas réellement ce que l’autre ressent.

Une encyclopédie de scénarios

L’empathie suppose de pouvoir compatir avec des personnes qui vivent quelque chose que vous n’avez jamais vécu. Les personnes avec autisme sans retard mental peuvent donner l’impression qu’elles sont capables d’empathie. Ce n’est pas une réelle empathie : mais un phénomène égocentrique. En effet, elles ne se mettent pas à la place de l’autre mais reconnaissent un scénario qu’elles ont vécu. Elles se raccrochent à leurs propres expériences au lieu de se mettre à la place d’autrui. Tant que l’autre ressentira la même chose que ce qu’elles ont elles-mêmes ressenti dans la situation, elles réagiront de manière appropriée et apparaîtront comme réellement empathiques. Leur manque d’empathie se fera sentir quand leur propre expérience ne collera plus du tout avec la manière dont l’autre vit pareille situation.

Elles ont en tête une véritable bibliothèque de situations (scénarios) pour lesquelles elles ont appris ce que les personnes ressentent. Quand une personne tombe, elle a mal. Quand une personne meurt, les parents survivants sont tristes. Quand une personne remporte une récompense, elle est contente. Ici non plus, il n’est pas question de réelle empathie et parfois, elles se trompent.


Les personnes avec autisme (d’une intelligence normale) ne ressentent pas vraiment ce que les autres ressentent ; elles calculent et elles déchiffrent.

Temple Grandin décrit comment, quand elle était jeune, elle arrivait à peine à expliquer les plus simples expressions émotionnelles. Par la suite, elle a cependant appris à déchiffrer ces sentiments sans pour autant les ressentir personnellement. Elle emmagasinait dans sa tête une vidéothèque complète pour toutes les situations : comment les personnes se sentent dans telles situations et comment elle-même doit y réagir.

Par conséquent, pour ces personnes, l’empathie est un travail acharné. Elles ont besoin de plus de temps de réflexion et de plus d’informations. Nous ne devons pas oublier que les personnes sans autisme n’ont pas du tout de difficulté à être empathiques. A cet égard, les personnes qui ont de l’autisme méritent plus de louanges et d’admiration que les autres. Il semble que personne ne fournit autant d’efforts acharnés pour se mettre à la place des autres que les personnes avec autisme. Il est donc injuste de reprocher à une personne qu’elle ne fait pas assez attention à ce que vivent les autres. Vous ne reprochez quand même pas à un aveugle de ne pas voir ?

Manque d’intuition

On surestime souvent la faculté d’empathie des personnes avec autisme, surtout quand elles ont un bon niveau intellectuel. Dans une situation de test, il arrive souvent qu’elles donnent les bonnes réponses aux questions qui sondent la théorie de l’esprit ou la prise de perspective. Cela ne signifie cependant pas qu’elles sont capables de se mettre à la place de l’autre dans des situations plus réelles. Une carte géographique d’une région et la région elle-même sont deux choses différentes.


Il y a souvent un monde de différence entre théorie et réalité. Lors d’un cours de compétences sociales, les participants peuvent comprendre l’explication théorique, mais dans la pratique, cela peut encore mal se passer. Comment se fait-il que ça ne marche pas dans la vraie vie ?

Avant tout, les personnes avec autisme ne semblent pas toujours porter leur attention spontanément sur ce qui est important sur le plan social et émotionnel. Elles remarqueront que vous portez une autre paire de lunettes, mais ne verront probablement pas que vous n’êtes pas très heureux aujourd’hui.

La seconde raison est que, chez ces personnes, l’empathie n’est pas toujours activée spontanément en fonction du contexte. C’est comme si une autre personne devait appuyer sur le bouton de l’empathie. Nous voyons souvent qu’elles réagissent avec empathie quand on le leur suggère. Elles ne sont pas insensibles, c’est juste qu’elles ne savent pas très bien quand elles doivent réagir de manière instinctive. Elles arrivent uniquement à se mettre à la place de l’autre quand une autre personne leur indique la bonne information ou quand le contexte d’interprétation est évident. Dès lors, la prise de perspective doit être apprise ou clarifiée de l’extérieur.

Cet échec peut s’expliquer par une troisième raison. Les personnes avec autisme ont besoin d’un temps de réflexion assez conséquent pour se mettre à la place de quelqu’un d’autre. Dans la vraie vie, ce temps de réflexion n’existe pas. La vie n’est pas une bande vidéo qu’on peut mettre sur pause pour aller chercher quelque chose dans son encyclopédie des scénarios ou dans son dictionnaire des expressions du visage.

Le manque de capacité d’empathie ne doit pas être ramené à un déficit cognitif, à un manque de connaissances. La plupart de ces personnes avec autisme connaissent bien des termes émotionnels et disposent d’une vaste collection de scénarios. Les connaissances théoriques ne leur font pas défaut. Les problèmes rencontrés dans la compréhension du monde émotionnel sont liés à des difficultés simultanées situées à différents niveaux : l’intégration des compétences communicationnelles (la réaction émotionnelle, le fait d’être attentif aux informations les plus pertinentes, la priorité donnée aux stimuli sociaux) et des compétences intellectuelles.

Pour résumer, il ne s’agit tout simplement pas d’un manque de théorie de l’esprit. Au contraire, vu les efforts que ces personnes fournissent pour ‘examiner rationnellement’ la face cachée d’autrui. Elles doivent réfléchir plus intensément aux sentiments des autres alors que les personnes ordinaires le font très rapidement, spontanément et intuitivement. Le traitement automatique des informations sociales et émotionnelles est plus proche de l’intuition et de l’instinct que de la réflexion logique. Les personnes avec autisme, spécialement les plus intelligentes, n’ont pas toutes un manque de théorie de l’esprit mais plutôt un manque d’intuition.

L’incapacité à consoler

L’empathie, c’est plus qu’une simple prise de perspective de l’autre. Elle se caractérise aussi par une réaction émotionnelle adaptée :

  • je reconnais (spontanément !) ton expression triste du visage ;
  • je peux prendre part à ton chagrin et je compatis avec toi ;
  • je réagis : je vais te consoler.

Les deux premières étapes sont, bien entendu, une condition essentielle à une réaction adaptée. Si vous ne reconnaissez les expressions faciales, si vous n’avez aucune conscience du monde intérieur d’autrui, il vous est alors impossible de consoler quelqu’un. La reconnaissance des émotions et la prise de perspective sont des conditions nécessaires, mais elles ne suffisent pas. Pour manifester une réelle empathie, il faut également agir.

Chez les personnes avec autisme, la réaction émotionnelle ne pose aucun problème : elles ne sont pas insensibles à la peine des autres. En réalité, elles ont plutôt du mal à déceler et comprendre cette peine. Une fois qu’elles ont compris ce que leur propre comportement suscite, par exemple, des émotions négatives chez l’autre (et cela se produit la plupart du temps après qu’on le leur ait expliqué), elles expriment généralement leur regret et ‘compatissent’ avec la personne. Elles ne sont pas insensibles, elles sont maladroites.

Le manque de réactions empathiques chez les personnes avec autisme est peut-être aussi lié aux difficultés qu’elles ont à résoudre les problèmes. Quand elles sont confrontées à la situation difficile d’une autre personne, elles cherchent une solution ou une façon de réagir, surtout si elles y sont encouragées. Mais leur solution au problème revêt un aspect autistique. Les solutions qu’elles proposent sont souvent peu sociales, mais plutôt purement logiques, matérielles et concrètes. En effet, elles éprouvent essentiellement des difficultés dans la reconnaissance spontanée du problème, dans la réflexion créative des solutions socialement acceptables et efficaces et dans l’activation spontanée de la prise de perspective (émotionnelle) d’autrui.

Sources : http://www.participate-autisme.be/go/fr/comprendre-l-autisme/qu-est-ce-que-l-autisme/l-autisme-et-l-empathie/l-incapacite-a-consoler.cfm

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