Semaines 4 à 9 – Evaluations ABLLS-R

Etablissement de la ligne de base et rédaction d’un curriculum

Dans une démarche ABA, avant tout traitement ou proposition de traitement, nous établissons « La ligne de base » de l’enfant. Nous devons mesurer et évaluer les compétences précises de l’enfant dans divers domaines. Différents outils peuvent être utilisés  en fonction de l’âge de l’enfant tel que l’ABLLS-R (Assessment of Basic Language and Learning Skills, revised, 2013), l’AFLS (Assessment of Functional Living Skills) ou la VB-MAPP (Verbal Behavior Milestones Assessment and Placement Program).

La rédaction du curriculum nous permet de planifier les différents objectifs à réaliser à court, moyen et à long terme avec l’enfant. Pour ce faire, nous devons recenser l’ensemble des compétences et voir parmi celles-ci celles qui ne sont pas dans le répertoire de l’enfant et qui lui seront le plus utiles immédiatement. Ce curriculum doit rester flexible et être adapté aux conditions de vie de l’enfant et à son profil. Il ne peut pas être recopié d’un enfant à l’autre. Elaborer un curriculum démontre l’aspect individualisé de la prise en charge. Les objectifs qui seront définis peuvent être revus en fonction des résultats obtenus avec l’enfant.

L’ABLLS

Comme nous l’avons déjà vu précédemment, cet outil est à la fois un outil d’évaluation et un curriculum, c’est à dire qu’une fois passé, il permet de situer les réussites de la personne dans une approche longitudinale du développement dans différents domaines et d’identifier certains objectifs de travail. Il n’est pas spécifique à l’autisme (comme l’ABA d’ailleurs).

Lors de mon stage j’ai utilisé l’ABLLS, plus particulièrement la version révisée de 2006 par James Partington, ABLLS-R.

L’ABLLS-R vise à identifier et évaluer les compétences de l’enfant dans quatre domaines : les compétences de base, les compétences académiques, les compétences d’autonomie et les compétences motrices. Ces domaines sont répartis en 25 sous-domaines, eux-mêmes subdivisés en un ensemble de 544 items ; pour chaque item, deux à cinq niveaux de réussite sont possibles. L’ABLLS-R permet de déterminer les priorités éducatives. Il nous aide à dresser un curriculum (terme employé en ABA pour désigner une évaluation) qui nous permet de définir une base pour l’élaboration d’un programme éducatif individualisé (PEI) de l’enfant et de visualiser rapidement ses acquisitions nouvelles. Ce programme est rigoureusement mis en place et une évaluation continue de celui-ci permet de suivre l’évolution de l’enfant dans tous les domaines et de réajuster si nécessaire le traitement en cas de stagnation des résultats.

Comme le dit Olivier Bourgueil, « Afin de faire passer cette évaluation il est nécessaire de bien connaitre les principes et procédures de l’ABA (par exemple : renforcement / guidances / contrôle du stimulus…) »[2]. Cela a été une tâche ardue pour la néophyte que j’étais.

Je vous invite à aller parcourir un chapitre de la version française de cette évaluation (que j’ai mise en annexe 3) afin de vous rendre compte de la complexité du travail qui m’était demandé.

Il existe en effet une formation pour apprendre à bien utiliser cet outil et, ne l’ayant pas reçue, je dois bien admettre que la tâche fut extrêmement complexe. Heureusement, j’avais ma maître de stage ainsi que la logopède ABA du centre pour me guider. J’ai dû littéralement décortiquer chaque item, prévoir pour évaluer chacun le matériel, les consignes… que j’allais employer pour Lou. En annexe 4, vous trouverez quelques exemples des préparations que j’ai effectuées. Il faut également noter que la majeure partie de mes interventions ont été filmées afin que je puisse les visionner et noter les résultats (c’est d’ailleurs monnaie courante en ABA). En effet, il faut faire passer le test, noter les résultats et observer les freins et autres comportements parasites qui pourraient m’induire en erreur et fausser mes résultats. J’ai mis trois semaines à raison de 2 jours/semaine pour évaluer l’entièreté des items. J’ai mis plusieurs heures pour visionner les vidéos (avec et sans ma maître de stage) et approximativement 10 heures pour rédiger le curriculum. Ceci montre la rigueur des évaluations en ABA. Les personnes qui supervisent les intervenants ABA sont très stricts lors d’évaluations constantes. Il s’agit de la valeur scientifique des résultats et de la valeur de la méthode en elle-même.

Vous trouverez le curriculum que j’ai réalisé en annexe 1. Celui-ci a été relu par le directeur des Jacinthes, ma maître de stage et la logopède ABA du centre. Il s’agit d’une version corrigée après les remarques que j’avais reçues en vue de faire des améliorations. Il s’agissait exclusivement de défauts de style, le contenu étant quasiment identique à celui du bilan réalisé par le centre. C’était important car cela montrait que Lou pouvait généraliser avec un nouvel intervenant, mais également qu’il était pleinement coopérant avec moi. Mon pairing était donc bon ainsi que mon contrôle instructionnel. Grâce à cela, j’ai pu passer au stade suivant : définir en équipe les objectifs prioritaires de Lou pour ensuite envisager mes premiers enseignements.

Définition des objectifs prioritaires

Dans la rédaction du curriculum de Lou, j’ai déterminé, non-arbitrairement, les objectifs pour chacun des 25 sous-domaines évalués. Pour ce faire, j’ai testé un par un les items composants les sous-domaines. Lorsqu’un item était validé, je passais à l’item suivant et ainsi de suite pour arriver aux items non acquis. Lorsque Lou ne savait pas réaliser un item, je testais encore les quelques items suivants afin de m’assurer que l’échec n’était pas isolé. En effet il se peut et qu’un item ne soit pas acquis mais que les suivants le soient, ce fut le cas pour Lou. Lorsque quatre, cinq items de suite n’étaient pas acquis, cela m’indiquait clairement les limites de Lou et je pouvais dès lors déterminer les objectifs suivants à travailler. Ainsi, pour chaque sous-domaine, un maximum de cinq objectifs sont mis en évidence. L’ensemble de ceux-ci détermine les objectifs à long terme.

Afin de définir les objectifs à moyen terme, j’ai déterminé les objectifs en émergence que je voyais chez Lou, soit ceux qui sont prioritaires pour son évolution et je les ai mis dans ma conclusion. Par exemple, bien que Lou ne sache pas colorier, je n’ai pas placé l’apprentissage du coloriage comme objectif, le coloriage n’étant pas une priorité dans la vie de Lou. Il pourrait avoir des belles compétences diverses sans pour autant savoir colorier. Enfin, les objectifs à moyen terme ont été réellement définis lors d’une réunion d’équipe. J’ai présenté l’entièreté de mon rapport aux autres membres de l’équipe, qui avaient également leurs rapports personnels. Nous avons longuement débattu afin de trouver un consensus. Chaque membre de l’équipe a une profession différente (logopède, éducatrice, institutrice/orthopédagogue et psychomotricienne), chacun travaillera également avec l’enfant suivant sa profession mais pas exclusivement. J’ai donc défendu les apprentissages cognitifs alors que l’éducatrice visait plus les compétences d’autonomie, la logopède les compétences langagières et la psychomotricienne les compétences motrices. J’avais décelé chez Lou un intérêt et même de l’émergence pour certaines compétences en mathématique (la numération). J’ai donc défendu l’introduction des compétences de numération dans les objectifs à moyen terme, ce qui fut validé par l’équipe.

Maintenant que je connais le domaine dans lequel je vais travailler avec Lou, je dois établir une ligne de base (voir ce que Lou savait déjà). J’ai découvert qu’il s’avait sérier et dénombrer jusque 10. Il faut noter que Lou a appris cela seul car ni les parents ni l’école qu’il fréquente n’ont vu cela avec lui. Je voudrais également dire que la logopède a découvert au même moment que Lou savait lire, bien que personne ne lui ait appris. Ce fut un grand jour pour nous tous et pour ses parents.  Partant du principe que Lou ne parle pas et qu’il ne manifeste aucun intérêt pour les livres, personne n’avait testé ses capacités de lecture. A la décharge des équipes, il faut noter que les problèmes de comportement, de coopération, d’auto-agression… de Lou étaient à travailler en priorité par rapport aux compétences dites scolaires. Maintenant qu’une grande majorité de ces difficultés ont été traitées, nous avons toute le loisir de nous focaliser sur les apprentissages cognitifs.

Après avoir établi la ligne de base, je peux déterminer mes objectifs à court terme. Pour m’aider, je me suis basée sur les items de l’ABLLS mais également sur les programmes d’enseignement traditionnel car je dois découvrir et fixer les étapes de l’apprentissage de la numération pour les enfants de 5 à 8 ans. Je vais devoir décortiquer l’apprentissage étape par étape et préciser les objectifs et les moyens à mettre en œuvre pour les atteindre.

« Il est notamment important :

  • de décrire précisément le comportement cible. Par exemple : être plus autonome peut être un objectif général, mais ce n’est pas assez précis. L’objectif a besoin de renvoyer à des comportements concrets comme « mettre ses chaussures », « enchaîner la routine matinale du petit déjeuner et de la toilette » ou quelque chose d’autre, mais de mesurable ;
  • de décrire le matérielnécessaire à l’apprentissage ;
  • de décrire les procéduresutilisées : quelles aides choisit-on? comment les estomper? … ;
  • de décrire un critère de réussite(l’élève doit-il réussir l’objectif dans 80%, 100% des cas? Pendant combien de temps ? ;
  • de décrire un critère de révisiondu programme au cas où l’élève ne progresse pas suffisamment. On se donne un certain nombre de sessions d’enseignement et on révise les procédures si les progrès attendus ne viennent pas ;
  • de décrire le critère d’arrêtdu programme : si on veut amener l’élève du point A au point B, il faut que le point B soit défini pour que l’on sache quand on considère le programme acquis ;
  • de choisir un système de cotation(de quantification) des progrès afin de baser notre jugement sur des données objectives ;
  • de prévoir la généralisationdes compétences acquises à des lieux et personnes différentes et un maintien de ces compétences dans le temps. En effet, une compétence qui ne se maintient pas ne sert à rien et le temps passé à l’enseigner est, dans ce cas, une perte de temps et de ressources. Il est donc important de programmer comment passer de l’environnement d’apprentissage à l’environnement naturel.

Développer un programme est donc complexe et demande des compétences solides.

La qualité du contenu du programme est déterminante pour se donner toutes les chances d’atteindre un objectif. »[3]

[2] BOURGEUIL, O. ABLLS-R. http://aba-sd.info/?cat=22

[3] AMMELOOT, M. ABA : l’éducation pour tous. https://www.ted-aba.fr/l-aba-en-nuances/definir-les-objectifs-dune-prise-en-charge/

 

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